C’est arrivé à chacun d’entre nous : être bloqué dans les transports, hésiter entre attendre le bus ou prendre le métro, ne pas savoir quel trajet sera le moins cher ou le plus rapide… Pour les urbains, ces problèmes quasi-quotidiens font écho à la multi-modalité de nos réseaux de mobilité : un maillage complexe qui aujourd’hui additionne métro, bus, vélo, tram, taxi, VTC, transport à la demande – et navette fluviale ! Pour faciliter cela, un concept : la MaaS, Mobility as a Service. La MaaS est la solution qui permet de naviguer de façon fluide entre différents modes de transports.

La MaaS, c’est deux fonctionnalités-clés qui vous changent la vie. C’est d’abord l’une aide à la décision en temps réel sur le meilleur itinéraire selon votre trajet prévu – et cela que soient les modes de transports qui se trouvent dans votre proximité (problème de multi-modalité), qu’ils soient gérés par des acteurs publics ou privés. Et c’est deuxièmement un droit d’accès (supposant tarification unifiée) à l’ensemble de ces modes de transports possibles à l’aide d’un seul titre de transport « universel ».

La startup finlandaise MaaS Global est pionnière dans le domaine. Elle s’est emparée du sujet de la multi-modalité pour développer une application impressionnante, Whim. Depuis votre smartphone, l’application vous indiquera le meilleur chemin pour vous déplacer d’un point A à un point B, en passant d’un mode de transport à l’autre, public et/ou privé. Derrière le concept, une transformation profonde de la mobilité est enclenchée, rendue possible par l’agrégation d’informations venues de sources multiples et par une intelligence artificielle capable de calculer de multiples possibilités en un temps record. « Un tsunami de digitalisation est sur le point de frapper le transport » affirme Sampo Hietanen, CEO et Founder de Maas Global. Les plateformes MaaS considèrent le transport comme un écosystème plus qu’un réseau d’individus et de fournisseurs de services indépendants.

Mais Whim est également l’équivalent d’un intermédiaire de paiement qui permet d’accéder à l’ensemble des moyens de transports à partir d’une interface unique, sans gérer de règlement directement avec aucun d’entre eux. Whim fonctionne aujourd’hui à Helsinki, et pour 249 euros par mois, l’utilisateur bénéficie d’un accès illimité aux transports de la ville ainsi qu’à un stock de 5500 « points ». Il peut ensuite dépenser ces points à sa guise auprès de divers opérateurs de transports, pour des taxis (avec un équivalent d’environ 8 courses de 10 km) ou des locations de voitures (avec un équivalent de 2 journées). Ces points pourront bientôt être utilisés pour des services de partage de voitures ou de vélos.

 

Le déclin inéluctable de la voiture personnelle en ville

Ce service adresse deux problèmes de la mobilité urbaine : la multi-modalité croissante et la pénibilité d’une voiture individuelle. MaaS Global a compris que la voiture personnelle était sur le déclin, surtout dans les grandes villes. Les urbains ont maintenant le souhait d’avoir la même flexibilité qu’avec un moyen de transport individuel, mais sans les contraintes de prix, d’entretien ou encore de parking. « Lorsque vous faites le calcul du prix de revient de votre voiture tous les mois, vous vous rendez rapidement compte que ce service est financièrement plus intéressant », explique Sampo Hietanen. Le problème jusqu’alors, c’est d’offrir une alternative qui ne soit pas déceptive pour le consommateur. Même enjeu que pour les VTC, il faut être capable d’assurer des liaisons sans couture, le tout dans la quasi-immédiateté. « Il faut que nous puissions garantir à nos abonnés qu’ils puissent obtenir un véhicule très rapidement après l’avoir demandé. »

 

Les désagréments de la multi-modalité gommée par Whim

Tout le génie des applications de MaaS comme Whim, c’est de se mettre du point de vue de l’utilisateur, et non du côté des opérateurs de transports traditionnels. Les moyens de transports se sont multipliés récemment, parfois en concurrence directe (VTC contre taxis, flottes de vélos en libre-service contre flottes organisées en stations fixes, scooters contre locations de voitures électriques, etc.). C’est clairement un vrai bénéfice pour le client. Mais en même temps, les grandes villes souffrent aujourd’hui d’un éparpillement de l’offre.

Pour le client, peu importe qui opère le service : tout ce qu’il veut, c’est y accéder de la façon la plus simple. Le problème est le même pour la quasi-totalité des citadins : se déplacer est devenu bien trop fastidieux. En France, 50% des trajets comportent au moins une correspondance.  La multimodalité, c’est avant tout le souhait des usagers, qui veulent pouvoir se déplacer simplement et rapidement, sans accroc entre les différents modes de transport. 74% des élus de villes françaises estiment l’intermodalité prioritaire dans leur ville et 74% pensent qu’il est nécessaire de lancer des services complémentaires comme le partage d’automobile ou bien des vélos en libre-service. « Les utilisateurs ne cessent d’avoir des meilleures options pour leur mobilité quotidienne, mais les prestataires ont chacun leur propre application et leur propre manière de comparer, réserver et payer les tickets. Nous voulons libérer les personnes du tracas causé et offrir la possibilité de se déplacer sur un coup de tête » explique Sampo Hietanen.

 

Un mouvement essentiellement motivé par l’initiative privée

La MaaS, c’est un concept qui s’étend donc sur plusieurs niveaux. Le premier niveau c’est celui de la centralisation des informations concernant la mobilité d’une ville, une tâche déjà colossale qui n’a été endossée que tardivement par certains acteurs. Citymapper par exemple ou bien Google ont été pionniers dans la démarche. L’application anglaise Citymapper a été la première à donner à son utilisateur une information complète sur les transports de sa ville, de manière concise et simple. Viennent ensuite les acteurs qui offrent une prestation de transport. Moovel, une filiale de Daimler, propose une solution de MaaS avec la possibilité de réserver des trajets multimodaux dans des villes allemandes. La RATP en France a travaillé depuis de nombreuses années à des applications qui intègrent ses différents réseaux, ainsi que le vélo plus récemment – mais sans intégrer les modes de transports « concurrents » ou « partenaires » que seraient le train ni les VTC par exemple.

Whim quant à elle, indique que même si les municipalités sont des partenaires actifs, elles ne sont pas encore des moteurs de la transformation. C’est pourtant un déterminant clé dans la réussite d’un tel projet que d’avoir le soutien des élus. Si c’est l’initiative privée qui est motrice de la MaaS, les acteurs publics n’y sont pas restés indifférents. Guillaume Pepy a déclaré que la SNCF proposera d’ici la fin 2018 un assistant personnel de mobilité. L’objectif est de pouvoir proposer un portefeuille de service englobant la SNCF, la RATP, Transdev et pourquoi pas BlaBlaCar, qu’il estime être un partenaire potentiel plus qu’un concurrent.

 

Aujourd’hui, toute la difficulté réside dans le business model et la capacité à mettre l’ensemble des acteurs autour de la table – pour y prendre des décisions à l’avantage premier du client.

 

Whim aux avant-postes de la mobilité de demain

La startup est florissante et s’implante déjà au-delà des frontières finlandaises, motivée par le taux de satisfaction de plus de 85% des helsinkiens utilisant l’appli. « Nous voulons asseoir une présence mondiale d’ici 2020 et nous allons ouvrir de nouveaux marchés à l’international, notamment en France, début 2018. » annonce le CEO. Son expansion se porte avant tout sur les villes de taille moyenne, conscient de la difficulté de concilier les différents prestataires, publics ou privés, du transport. Paris, souffrant fort de la congestion et de l’inflexibilité, représente encore un défi trop important. Opérant déjà au Royaume-Uni, en Belgique, à Singapour, aux Pays-Bas et en Allemagne, MaaS Global a déjà levé 14 millions d’euro pour accélérer ses implantations, le français Transdev fait partie des premiers investisseurs. Pour la jeune pousse, l’enjeu est avant tout de convaincre. Bientôt, ce sont les avions qui seront ajoutés au portefeuille de choix de l’application. Les voitures autonomes seront également bientôt partie intégrante de leurs enjeux.