Si vous pratiquez régulièrement du sport, conduisez de manière vigilante et êtes globalement précautionneux dans vos affaires, vous vous indignez sûrement de payer votre assurance au même prix que ceux qui sont moins avisés que vous. Le manque de personnalisation des contrats est souvent montré du doigt par leurs souscripteurs. La data ouvre la voie à une première révolution pour les assureurs : celle de l’individualisation des offres. Mais au-delà, les objets connectés et l’Intelligence Artificielle risquent d’impacter de façon inédite le business model des assureurs…

Aujourd’hui, nos comportements sont suivis et mesurés de multiples manières. Téléphones, apps et trackers divers nous renseignent sur notre activité physique, la souplesse de notre conduite, ou l’utilisation de nos systèmes domotiques… Autant de sources qui pourraient être utilisées par les assureurs pour évaluer les risques de façon individualisée. Les assurances ont toujours recueilli de nombreuses données sur leurs clients, mais elles ont été lentes à réformer leur business model pour les transformer en un atout rentable. A l’heure où les flux de données deviennent considérables, et les outils pour les analyser banalisés, des opportunités de transformation émergent à plusieurs niveaux.

La data : une composante-clef de personnalisation des contrats

Voiture, maison, ville et même le corps humain deviennent les outils de collecte de donnée des assureurs. L’explosion du marché des objets connectés (près de 20 milliards d’ici 2020) induit naturellement une production massive  et un levier majeur de personnalisation pour les assureurs.

Le secteur de l’assurance automobile a été pionnier dans la démarche. Direct Assurance a lancé YouDrive à la fin de l’année 2015. Le principe est simple : une DriveBox est placé à l’intérieur du véhicule et collecte les données sur votre façon de conduire. Les primes d’assurances sont alors ajustées en fonction. Pour l’assuré, c’est un moyen de réduire ses frais jusqu’à 50%. Allianz de son côté avait proposé une offre similaire baptisée « Pay how you drive ». Le fonctionnement est similaire, et l’assurance a déjà séduit plus de 15 000 conducteurs avec ce nouveau modèle. Aujourd’hui Attitude Prévention et Association Prévention Routière se sont associées pour mettre en place un observatoire des risques routiers, reposant sur le Big Data. En récoltant des données de conducteurs français, les deux associations comptent dresser un portrait fidèle des habitudes de conduite des usagers. Ce sera un moyen pour les assurances, d’affiner leur tarification, et également, de réduire les accidents, en participant à une éducation collective à propos des risques.

Give Data BackDans le secteur de l’habitation, AXA a mis en place le projet « Give Data Back ». L’idée est de collecter énormément de data et de la rendre de manière anonyme au public. Ce projet d’Open Data est un moyen de redistribuer de l’intelligence collective, et d’aider chacun à mieux se protéger. Sur le site « Give data back », à l’aide d’une carte interactive, chacun peut mesurer les risques auxquels son habitation est exposée. Aujourd’hui, la géolocalisation permet de faire apparaître les risques de dégât des eaux et de cambriolage. C’est également un moyen pour AXA de donner la main à certains de leurs experts pour donner des conseils à leurs clients sur comment se protéger efficacement.

L’utilisation massive des données en santé est peut-être en retard par rapport aux autres secteurs, mais n’en demeure pas moins imminente. Discovery en Afrique du Sud a été le premier assureur à proposer une réduction des primes de risque – en échange ‘un suivi d’activité physique (réalisé grâce à Fitbit) et d’informations sur les habitudes alimentaires de ses clients. Prudential au Royaume-Uni, ou Vitality aux Etats-Unis, ont rapidement suivi, en proposant des contrats « that reward you for being healthy » (qui vous récompensent de rester en bonne santé !). En 2014, Axa avait fait un partenariat avec Withings pour offrir à ses souscripteurs une montre connectée qui calculait le nombre de pas parcourus chaque jour. A plus de 7000 pas, l’assurance gratifiait ce dernier de chèques-cadeaux. Mais l’initiative avait fait long feu devant les inquiétudes d’associations de consommateurs. Si la digitalisation de l’assurance en santé reste timide, c’est parce que les français sont réticents à l’idée de partager des données qu’ils considèrent comme intimes. Seuls 29% d’entre eux sont enclins à les communiquer.

Dans le monde ultra-connecté de demain, quel rôle pour le facteur humain facteur de disruption massive pour les assureurs

L’utilisation des données personnelles des clients permettra certainement au monde de l’assurance d’améliorer la pertinence de ses services. Mais au-delà de cet horizon, l’évolution des technologies risque bien de bouleverser ce secteur d’une toute autre manière.

Demain la voiture connectée chamboulera en profondeur le business des assureurs, quasiment inchangé depuis les débuts de l’automobile. Et l’impact s’annonce de taille. La Banque d’Angleterre estime que la voiture autonome entrainera une réduction de 21% du marché de l’assurance automobile britannique. Une des modifications majeures serait que la responsabilité d’accidents incomberait au fabricant de la voiture plutôt qu’au « conducteur » – devenu passager. Le danger pour les assurances sera alors de voir leur secteur progressivement capturé par les constructeurs automobiles eux-mêmes. Tesla annonce déjà vouloir offrir ses biens à un prix fixe comprenant la voiture, sa maintenance et son assurance.