La réalité virtuelle fait son chemin, lentement, mais sûrement, dans des domaines de plus en plus variés. Si la réalité augmentée se déploie dans l’industrie principalement, la réalité virtuelle, avec son pouvoir immersif total, est de plus en plus utilisée en santé. Support au traitement de certains troubles, simulation de comportements, satisfaction de besoins affectifs pour des patients en perte d’autonomie… Son potentiel pour la santé mentale est multiple, et reconnu de jour en jour. Première étape de notre tour d’horizon sur réalité virtuelle et santé.

 

Rejouer les traumatismes et traiter les phobies

L’un des principaux cas d’utilisation concerne les troubles du comportement. On le sait, de nombreux soldats reviennent de missions avec des chocs ou des traumatismes qu’ils ne peuvent surmonter seuls. L’utilisation de la réalité virtuelle pourrait bien être la solution à ces problèmes. USC (University of Southern California) a développé la plateforme Bravemind dès 2003. Elle est aujourd’hui utilisée par plus de 100 centres universitaires et bases militaires. Il s’agit de recréer virtuellement un environnement qui a pu être à l’origine d’un traumatisme afin que les thérapeutes puissent contrôler et monitorer le stress généré pour mieux y répondre.

De nombreux centres hospitaliers, en France et à l’étranger, se saisissent de la réalité virtuelle pour traiter les phobies (altitude, araignées, avion, phobie sociale). Des pistes émergent sur le traitement de l’anorexie, de la boulimie ou de la schizophrénie. La démarche reprend les principes de la psychologie comportementale, à ceci près qu’on réussit aujourd’hui à créer des protocoles fondés sur des expériences virtuelles – plus simples à mettre en place quand il s’agit d’aider un patient à vaincre sa peur de l’altitude par exemple.

 

Une solution pour soigner la dépression

Au-delà de l’anxiété, un deuxième domaine à potentiel s’ouvre pour la réalité virtuelle en santé : le traitement de la dépression. En 2017, plus de 300 millions de personnes étaient atteintes de troubles dépressifs, considérés comme le premier facteur de morbidité et d’incapacité dans le monde. Désormais, il serait possible de traiter la dépression par la réalité virtuelle en  aidant les individus à ajuster la perception qu’ils ont d’eux-mêmes, ainsi que leur « self care ». University College London et ICREA-University of Barcelona ont mis en place un traitement à la réalité virtuelle qui paraît prometteur. Les patients sont mis virtuellement dans des situations dans lesquelles ils font preuve d’auto-compassion. La méthode est simple : ils se sont placés premièrement dans une situation où un enfant est en train de pleurer et où les patients doivent le consoler. Puis les rôles s’inversent, et les patients prennent la place de l’enfant. Ils reçoivent alors les paroles et actes qu’ils ont eux-mêmes proférés.

Les résultats restent à approfondir, mais on le voit, une technologie capable d’automatiser le protocole de soin, voire d’analyser la réponse pour adapter le traitement, est d’une aide précieuse en santé mentale.

 

La promesse d’une santé mentale accessible à tous

Réalité virtuelle et santé : ce marché est en pleine expansion, alors que certaines études énoncent qu’une personne sur 5 souffre de troubles psychiques dans les pays développés. La mise au point de casques de VR promet de répandre facilement la technologie, et de faciliter leur usage dans le cadre d’une télémédecine destinée à se développer. Des start-ups telles que Limbix ou Psious se sont emparées du domaine.

Psious propose un kit qui comprend un casque de réalité virtuelle, une plateforme de services et contenus à adapter au cas de chaque patient, et un ensemble d’outils pour faire du bio-feedback et mesurer la réponse.

Il reste deux ombres au tableau cependant : le faible nombre de praticiens formés pour accompagner ces protocoles, et surtout des études cliniques encore balbutiantes. Elles devront dans les prochaines années démontrer clairement l’impact positif de ces traitements. Réalité virtuelle et santé n’en sont qu’à leurs débuts : c’est un levier à explorer par tous les acteurs du soin aujourd’hui.