On commence tout juste à découvrir les bénéfices de la réalité virtuelle en santé. Startups et laboratoires de recherche illustrent jour après jour des cas d’usage où sa valeur est démontrée.  Elle ne se contente pas de traiter des troubles psychiques divers, mais offre également un appui précieux pour la réadaptation fonctionnelle et la physiothérapie.

Pour les blessés ou opérés majeurs, la réadaptation est toujours un processus long, pénible, décourageant. Les séances s’enchaînent, faites d’exercices répétitifs. Les progrès sont par moment rapides, et parfois très lents. La poursuite de l’effort est indispensable pour restaurer la musculature, retrouver de la mobilité, ou reconstruire des connexions nerveuses. Et pourtant, les études montrent que seulement 35% d’entre nous suit le programme d’exercices prescrit par le médecin.

La réalité virtuelle en santé : une solution à la question clé de la motivation

Imaginez qu’avant même une intervention chirurgicale, on vous propose d’utiliser un casque de réalité virtuelle (VR) qui vous plonge dans un univers ludique, et vous guide dans quelques exercices auquel votre corps s’habitue facilement. Imaginez maintenant qu’après l’opération, vous utilisiez ce même programme pour tenter de reproduire ces exercices que vous avez déjà appris. Imaginez aussi que vos mouvements soient décryptés, traduit en data par le dispositif qui mesure vos progrès. Et bien sûr que ces données sont transmises à votre médecin pour analyse. Il peut alors modifier votre programme et vous proposer de nouveaux exercices.

C’est ce que propose VRHealth – avec par exemple des séquences pour travailler la souplesse du cou et de la nuque : en tournant la tête à droite puis à gauche, vous retrouvez de la mobilité. D’autres programmes permettent de travailler sur la colonne vertébrale, la mobilité du haut du corps ou des épaules.

Bien sûr, ces solutions sont utilisées dans le cadre d’interventions programmées. Elles le sont aussi dans le cadre de la récupération de capacités après un accident vasculaire cérébral – ou après un traumatisme physique.

L’effet des thérapies à base de VR est démontré : des études montrent qu’elles sont plus efficaces que les thérapies traditionnelles après 4 semaines de traitement – dans le domaine de la mobilité ou du contrôle de l’équilibre par exemple.

La réalité virtuelle pour faire marcher les paralysés

Plus impressionnant, la réalité virtuelle a pu aider des patients paraplégiques à retrouver une mobilité. A l’origine, l’idée du « Walk again project » était d’utiliser la VR pour aider les patients paralysés des membres inférieurs, mais appareillés d’exosquelettes, à reconstruire des sensations de marche plus naturelles : retrouver la sensation du pied qui se pose sur le sol, de la jambe qui s’allonge. Mais le résultat du programme est allé au-delà des attentes : certains patients ont retrouvé la capacité à se mouvoir eux-mêmes ! Bien sûr, le dispositif était complexe, et n’incluait pas uniquement les stimulus visuels classiques de la réalité virtuelle. Il était aussi capable de reproduire le sens du toucher ou du déplacement corporel. En stimulant le cerveau des paralysés, en leur apprenant à contrôler un avatar par la simple pensée, il leur « remettait en mémoire » le sens de la marche, et leur permettait de recréer une connexion avec leur corps.

L’utilisation de la réalité virtuelle en santé repose sur quelques principes clés :

1) L’autonomie du patient, qu’il soit suivi à l’hôpital ou de retour au domicile ;

2) La gamification – avec bien sûr son aspect si important de la gratification !

3) Le feed back temps réel, par l’usage des données, mais aussi parce que sur certains systèmes le patient peut se voir en train de faire ses exercices, comme dans un miroir, et donc s’évaluer ;

4) L’adaptation des exercices en temps réel aux progrès réalisés ;

5) Et dans son stade ultime, le renforcement du contrôle du corps par l’esprit. Dernière illustration, la clinique suisse MindMaze a créé MindMotion, une plateforme qui permet « d’entraîner » les patients traumatisés à retrouver une certaine motricité à travers les jeux vidéos. L’application met l’accent sur l’attention portée au mouvement, même si le patient est incapable de déplacer son bras par exemple. La focalisation sur l’effort permet de profiter d’une petite fenêtre de plasticité cérébrale post-traumatique en s’entraînant environ 45 minutes par jour. Rééduquer les connexions cérébrales pour faciliter le retour à la mobilité : la réalité virtuelle prend tout son sens.