Pour faire face à la concurrence des acteurs de l’e-commerce, pas d’autre option pour le retail physique que de proposer des expériences plus bluffantes, valorisantes, originales. Plus axées autour de l’expérience client et du service, ces boutiques veulent partager, faire plaisir, et surprendre. Petit tour d’horizons des tendances, et de nos coups de cœur parmi les concepts de nouveaux magasins « brick & mortar ».

 

Intérieur du showroom de made.comLa boutique-expérience 

Tendance de fond : proposer au client de voir, toucher, essayer dans un magasin physique ce qui lui est vendu sur le web. Plusieurs marques « pure player » y sont passées plus ou moins récemment, Spartoo ou LDLC par exemple – sans parler d’Amazon aux Etats-Unis. On est soit sur de la « vraie » distribution, soit sur du showroom. Dans le 2 cas, le client avait envie de vérifier, comparer, s’approprier l’objet avant d’acheter. Notre coup de cœur : Made.com a lancé à l’été 2016 son espace en propre à Paris, rue Etienne Marcel. Pour Julien Callede, fondateur de l’enseigne, il était important que ses potentiels clients puissent avoir l’expérience des produits. Sa boutique parisienne prend alors des allures de showroom : l’ambition n’est pas de vendre (pas de prix sur les articles) mais de créer chez le consommateur une attirance pour la marque, qui se transformera vite en pulsion d’achat.

 

La boutique-plaisir Le magasin Away, à New-York

Autre façon d’animer le magasin : en faire un lieu de plaisir… Notre coup de cœur : la marque Away, présente à New-York, Los Angeles et Londres, présente son offre de valises et autres essentiels du voyage dans des concept stores aux allures très design, pensés pour une expérience client d’exception. A New York, par exemple, la boutique s’organise en espaces thématisés autour des villes Tokyo et Stockholm, chacun ayant son entrée respective dans le magasin. Outre la présentation épurée et valorisante des articles, la boutique se veut plus qu’un point de transaction. Les deux fondatrices Jen Rubio et Steph Korey ont voulu en faire un lieu de vie et d’échange et proposent ainsi différentes activités. Entre autres, des workshops, des conférences, des dîners – mais aussi des shows portant sur la musique, l’art et bien sûr le voyage. La transformation digitale n’est pas au cœur des préoccupations chez ces deux entrepreneuses. Pour elles, le procédé innovant ici, c’est la mise en relation des espaces.

 

Décorations de la marque AppearHereLa boutique-surprise 

Etsy avait initié la tendance. Elle se développe aujourd’hui. Le pop-up store est partout ! Le « brick & mortar » est là pour créer l’événement. A Londres, et depuis peu à Paris, Appear Here mise sur l’éphémère pour surprendre et ré-enchanter ses magasins. A l’instar d’Airbnb, Ross Bailey a imaginé cette plateforme qui propose aux marques d’investir, pour un temps limité, des locaux commerciaux originaux et particulièrement bien situés. Sorte de AirBnB de la boutique, cette plateforme permet à de jeunes trend-setters ou bien des grandes marques (Chanel, Apple ou Nike) de contourner les processus usuellement lourds de la location d’espace. Pour les marques de renom, c’est un moyen de créer l’événement, de générer un trafic nouveau auprès de leurs produits, et de toucher une clientèle neuve jeune et urbaine. Pour les startups,  le bénéfice est clairement  de se forger un début de réputation à moindre coût. En France, PopUp Immo par exemple propose une offre similaire.

 

La boutique-partageIntérieur du magasin Bulletin

En plus du magasin éphémère, la tendance est également à la cohabitation de plusieurs marques dans un même espace. A New York encore, Bulletin choisit d’ouvrir des boutiques où sont proposés des produits normalement disponibles uniquement en ligne. Ces magasins proposent à des marques online de louer une étagère ou un coin complet d’une boutique pour y exposer, temporairement, ses produits. Cette nouvelle tendance de magasin est imprégnée de l’esprit « millenial ». On retrouve dans la boutique beaucoup d’article célébrant le féminisme, la communauté LGBT, et un fourmillement de références diverses et variées à la pop-culture. L’apanage du web, qui était d’offrir des produits inédits, pas vus, customisés, est désormais possible dans la vie réelle.

 

Le nouveau magasin Nordstrom sans articleLa boutique-service

Nordstrom a défié la chronique en ouvrant une boutique qui a étonné plus d’un analyste outre-Atlantique. Pas d’articles, pas de vêtements. Ici le client est remis aux mains du personnel uniquement. Les magasins habituels de plus de 10 000 mètres carrés font place à un espace de moins de 300 mètres carrés, plus exigu mais beaucoup plus « customer-centric ». Le client est roi : il peut s’entretenir avec un styliste professionnel qui l’assiste et le conseille. Compulsant une brochure des articles de l’enseigne et bercé de conseils avisés, il peut également déguster quelque rafraîchissements : bière, vin, espresso ou jus d’orange, il y en a pour tous les goûts. Et si l’envie lui dit, un service de manucure est également à sa disposition. C’est dans ces conditions ultra-premium qu’il choisira les vêtements qu’il souhaite acquérir. Le temps est loin où la vocation du magasin « brick & mortar » était d’héberger un inventaire de produits disponibles pour le client. Nordstrom a bien saisi l’idée que, pour résister au web, il faut offrir quelque chose que le web est incapable de proposer.