Vu de France, on a sans doute du mal à s’imaginer tout ce que les services de Mobile Health (e-Santé) peuvent apporter dans de nombreux pays, moins développés. Nous vivons en plein paradoxe, avec des centres de soins lourdement équipés et des délais d’attente souvent énormes pour y accéder ! Or sur de nombreux territoires, en Afrique ou en Asie, un simple smartphone peut apporter des bénéfices énormes aux individus et aux populations.

C’est bien du terrain que sont parties ces innovations en e-santé : des populations dispersées, pas de budgets d’équipement, des médecins souvent nomades… Mais aussi : une infrastructure telecom qui se développe et un taux d’équipement en téléphones/smartphones qui accélère (près de 80% dans bien des pays). D’après une étude prévisionnelle de Statista, le marché du Mobile Health au Moyen-Orient et en Afrique devrait passer de 0,47 milliard de dollars en 2015 à 2,49 milliards en 2020.

 

De simples téléphones au service du diagnostic, du suivi, de la prévention – et de la e-santé en général

Dans les pays en voie de développement, les solutions pour la santé ont été pensées de manière ingénieuse, et totalement adaptées au marché.

  • Première application : le diagnostic. En Inde et en Afrique du Sud, l’application eMocha TB Detect permet de détecter la tuberculose, en fonction des symptômes déclarés par un médecin généraliste local et d’un algorithme développé selon les recommandations de l’OMS. Avec la reconnaissance précise du type de tuberculose développé, l’application recommande un traitement adapté et accompagne son observance. Le malade est invité à uploader des vidéos de lui-même en train de prendre son traitement. En Afrique subsaharienne est aussi utilisé un outil développé par une équipe de Berkeley, le CellScope, pour examiner très rapidement et à moindre coût des échantillons de sang. Grâce à un système de microscope monté sur smartphone et connecté à une application, ces universitaires ont réussi à détecter la bactérie Loa Loa, responsable de cécités dans toute l’Afrique, avec des résultats aussi probants que ceux obtenus par du matériel plus poussé.
  • Outre le diagnostic et le monitoring, les smartphones lèvent les problèmes de mise en relation avec des professionnels. Face à la fraude, le Kenya a mis en place un procédé pour assurer ses ressortissants que le médecin ou la clinique auquel il a affaire est bien homologué. Cette application baptisée MedAfrica, développée par Shimba Technologies, une entreprise fondée par deux entrepreneurs à Nairobi permet, en envoyant un simple SMS, d’avoir accès à la liste des établissements et médecins légalement autorisés à pratiquer leur activité.
  • Mais ce n’est pas tout. Ayant conscience du faible développement des infrastructures dans certains pays, des solutions très low-tech mais tout aussi performantes sont également proposées. MAMA SMS Service en Afrique du Sud, par exemple, envoie aux futures mères durant leur grossesse et après la naissance du bébé des informations sur les bons comportements à adopter. De la même manière, au Mozambique des SMS alertent les personnes atteintes du VIH sur les risques de transmission, ainsi que sur les bons comportements – par exemple pour éviter une transmission mère-enfant.

Et ce ne sont là que quelques exemples… On pourrait également penser à l’utilisation du mobile pour des campagnes d’éducation à la santé. Malaria No More diffuse par exemple des messages d’information basique (par exemple sur l’usage de moustiquaires) par simples SMS. Ou encore à la mise en réseau des professionnels ou au suivi épidémiologique.

La santé est un enjeu clé dans le développement des pays en voie de développement, et elle se heurte à des problèmes de ressources majeurs. Face à cette conjoncture, la Mobile Health apporte des solutions bon marché et efficaces. Penser la santé dans ces pays en un réseau plus agile et mieux informé est la première étape vers des populations plus saines.

Et pourquoi ne pas s’en inspirer pour faciliter l’accès à ma santé dans les pays développés ? Les obstacles liés au système de santé sont multiples. Pourtant des solutions techniques sont déjà là.