Les Etats-Unis (par la Food & Drug Administration) viennent d’autoriser la vente du premier médicament connecté – un antipsychotique dénommé Abilify Mycite.

84% des dépenses du système de santé américain concernent des maladies chroniques, maladies qui requièrent une observance accrue lors de la prise des médicaments. Or, plus de 50% des médicaments ne sont pas pris comme demandés, entraînant des conditions de santé instables et un surcroît d’hospitalisations et de visites médicales, coûtant 290 milliards de dollars par an, et entraînant la mort de 125 000 patients.

Médicament connecté : des bénéfices clairs en théorie

Proteus Digital Health s’est saisi de ce constat alarmant il y a déjà plusieurs années. Associé à la firme pharmaceutique Otsuka, qui fabrique l’antipsychotique Abilify, il propose une solution composée de 3 éléments : un capteur contenu dans la pilule que l’on ingère, un petit patch et une application. Une fois le capteur ingéré, il envoie un signal Bluetooth au patch positionné sur le torse, et de là est envoyé un mémo à l’application et au personnel de soin désigné. Outre le signal, le capteur permet également de suivre le rythme cardiaque, le sommeil et d’autres indicateurs de santé. C’est un moyen de surveiller si le patient prend bien ses médicaments aux bonnes heures, point critique en particulier dans le traitement des affections mentales ; c’est aussi un moyen pour les laboratoires de savoir comment sont consommés leurs médicaments.

Les bénéfices : un suivi sans faille de l’observance – ainsi qu’un recueil extensif de données permettant de mieux qualifier l’état du malade. En particulier, ces données permettent de mieux adapter les doses au patient, sans même que celui-ci en soit conscient. La surveillance d’effets secondaires peut aussi en être facilitée. Mais au-delà de cette application directe, le potentiel en termes de surveillance est quasi infini.

Des barrières encore à lever dans ce nouveau territoire de la e-santé

Mais ces nouvelles méthodes se heurtent à plusieurs barrières et soulèvent de nouvelles questions dans le domaine de la santé. Ce médicament connecté, qui s’inscrit dans la veine de la santé connectée et du « quantified self », présuppose des changements de mentalité chez les usagers.

  • Il est loin d’être sûr que les malades de demain soient prêts à accepter une telle méthode d’administration, – d’autant plus que les maladies chroniques concernées touchent aujourd’hui plutôt des populations peu enclines à adopter ces nouveaux comportements (personnes âgées par exemple). L’implantation de puces NFC sous la peau n’est clairement pas encore acceptable pour une majorité des Français.
  • Ces nouvelles pratiques reposent de plus sur la collecte de données auprès de patients, qui plus est dans la santé. Ceci s’inscrit dans un débat éthique hautement sensible sur la protection des informations personnelles. Pour réussir à ancrer ces pratiques dans l’usage coutumier de personnes traitées, les entreprises commercialisant les produits devront communiquer habilement et faire preuve de déontologie à l’égard des données.

Le sujet fait débat. Démontrer l’utilité thérapeutique de la solution ne sera pas la seule étape dans la route vers son adoption. Même autorisé, le médicament connecté devra convaincre dans des cas d’usage très précis – avant d’être perçu comme un réel bénéfice dans les traitements au long cours des affections les plus courantes.