L’année 2018 a été bercée par des frayeurs d’effondrement, la résilience a été l’un de ses thèmes majeurs. Destinée à protéger une population qui se rassemble, la ville peut devenir un milieu hostile, ou être menacée elle-même de disparition. Elle a en Europe des connotations fortes autour du vivre-ensemble, du bien-être social et de l’inclusion. Mais les grandes villes occidentales sont elles aussi touchées par des sujets liés aux changements climatiques, aux catastrophes urbaines, et à la protection de la vie physique des citoyens. Voici quelques exemples d’innovations dans ce domaine.

Le réchauffement va toucher toutes les villes du monde. Elles sont aujourd’hui construites de telle sorte qu’elles l’amplifient parfois de 10°C : matériaux denses, faible circulation de l’air, véhicules ou installations qui génèrent une chaleur supplémentaire. D’ici 2080, ce sont 30 jours de canicule qu’on peut s’attendre à connaître annuellement. Les matériaux s’adaptent, pour devenir plus réfléchissants (comme les trottoirs en béton) mais aussi plus perméables : en retenant davantage d’eau, ils renvoient plus de fraîcheur par évaporation. Les réseaux de froid seront aussi une solution. Climespace crée à Paris des îlots de fraicheur qui peuvent être installés en faisant circuler de l’eau fraiche à partir de canalisations déjà existantes, sans pompe, pour un coût énergétique sans commune mesure avec une climatisation. Ils viennent refroidir des kiosques urbains sur la voie publique où les citoyens fragiles viennent se reposer. Enfin la végétalisation va venir créer de l’ombre et apporter une source de vapeur d’eau naturelle. Après ses immeubles recouverts d’arbres, c’est toute une ville-forêt que  l’architecte Stefano Boeri va construire en Chine.

Autour du changement climatique, ce sont de multiples impacts que la ville doit apprendre à gérer : pollution, montée des eaux et inondations, événements brutaux comme les ouragans ou tempêtes de neige, déplacements de populations… La logique est à la fois d’urgence et de long terme – et c’est bien sur ces deux horizons que l’innovation doit se déployer. Mais quelle est la place ici de cette Smart City qu’on a tant mise en avant ?

Elle est présente pour apporter les moyens du pilotage de la ville résiliente, dans la durée ou dans l’urgence. En anticipation, elle va aider à comprendre quelles sont les zones de vulnérabilité : celles où le logement est plus fragile, où des quartiers sont moins bien desservis, où la chaleur se concentre. Ensuite, elle va permettre de surveiller l’état des infrastructures critiques, comme les digues ou les ponts sur les itinéraires d’évacuation. Grâce aux capteurs répartis partout dans les réseaux, elle va permettre des signes parfois avant-coureurs de catastrophes, comme des signes d’activité sismique. Les systèmes de communication enfin sont critiques en cas d’urgence. La résilience passe par la transmission de l’information à partir de multiples capteurs, son analyse – et aussi son intégration avec les sources crowdsourcées, remontant de citoyens sur le terrain, qui indiquent par les réseaux sociaux l’imminence d’un danger ou une nuisance à traiter. La Smart City est essentielle à la ville résiliente, et c’est sans doute là l’usage qu’en attendent les citoyens : une technologie mise au service de la sécurité et du bien-vivre ensemble.

Des startups se sont lancées dans l’accompagnement des villes vers plus de résilience. OneConcern analyse les données urbaines et conduit des audits complémentaires sur les infrastructures critiques d’une ville. A partir de données sismiques ou météo par exemple, OneConcern peut ensuite prédire, en temps réel, l’impact des catastrophes naturelles,. Mais sa principale valeur est d’aider les villes à remédier en amont aux risques, et à créer des scénarios pour une réponse rapide sur le terrain.

Pour que ces innovations techniques aient cependant un impact, la ville tout entière doit être repensée. De nouveaux principes émergent : la flexibilité, la polyvalence des espaces, la redondance des ressources avec la capacité à débloquer de la « réserve » en cas de choc (ressources énergétiques, humaines, espaces d’accueil). L’inclusivité également, car seul un territoire pacifié, où tous les acteurs sont habitués à vivre ensemble, saura réagir collectivement dans l’adversité.

 

Sur le sujet de la résilience, en particulier :

 

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