Connaissez-vous JEDI ? Oui, le nom vous dit bien quelque chose… Mais non, il ne s’agit pas de Starwars. JEDI est l’acronyme d’un projet de grande envergure, soutenu par plus de 120 industriels et institutionnels européens : « Joint European Disruptive Initiative ». Une vraie ambition, la volonté de penser grand et loin, mais aussi de bousculer la vision classique du développement des entreprises de technologie en Europe.
Innovatys est partenaire de l’aventure et vous en dit un peu plus sur cette dynamique en train de se mettre en marche et de rallier les plus belles énergies.

 

Le constat : US et Chine, déjà bien loin devant. Une bataille perdue d’avance pour l’Europe ?

Les initiatives fleurissent, certaines menées par les gouvernements, d’autres plus originales poussées par des think tanks qui rassemblent grands industriels et institutionnels européens. L’Europe prend conscience de ses atouts – largement sous-exploités, dans le développement de technologies de pointe. Elle mesure également le potentiel économique énorme de certains secteurs où elle a déjà commencé à perdre pied. L’Intelligence Artificielle en est un exemple éclatant. Facebook, Google et autres géants de la tech ont placé les plus beaux esprits français de l’IA à la tête de leur recherche et de leurs Business Units, démontrant une nouvelle fois la difficulté de les retenir sur le sol européen. Et en matièrevd’usages (certes moins régulés et d’investissement, c’est bien la Chine qui fait la course en tête. Sans parler d’impact économique, il y va aussi évidemment pour l’Europe de sa souveraineté.

Mais l’innovation de rupture en Europe se réveille, s’affirme, et tente de s’organiser. De récentes annonces le confirment, au niveau français pour commencer. Une Agence de l’Innovation de Défense a récemment été créée. La France soutient aussi la création d’une agence européenne pour l’innovation de rupture, centrée sur le Deep Techs et l’IA. Un Fonds pour l’Innovation de rupture a par ailleurs été créé, doté de 10 milliards d’euros ; il est destiné à financer des startups dans les Deep Techs, mais aussi des filières prioritaires comme la nano-électronique, le véhicule autonome ou l’Intelligence Artificielle.

Certes on s’y perd, les initiatives fourmillent. Mais une chose est sûre : toutes revendiquent des modes de fonctionnement plus agiles et efficaces que les programmes existants et souvent gérés au niveau de l’Europe. Un signe qu’une rupture de style est grandement nécessaire.

Alors, dans ce contexte, JEDI, qu’est-ce que c’est ?

JEDI est une initiative qui se démarque dans ce paysage, parce qu’elle est spontanée, repose sur la volonté d’acteurs de l’écosystème et revendique un fonctionnement bien plus entrepreneurial que les autres projets déjà cités.

JEDI, c’est d’abord le rassemblement de plus de 80 patrons d’entreprises industrielles, d’instituts de recherche, et d’institutionnels européens. D’abord centrés sur la France et l’Allemagne, mais avec déjà une présence significative en Italie par exemple.

JEDI, ce sont aussi des principes nouveaux : celui de la rapidité par exemple. Oui, il est possible de faire plus vite et d’accélérer les développement technologiques, dans bien des cas. Celui de l’initiative aussi. Oui, il est possible d’offrir un contexte « entrepreneurial » à des projets mêmes soutenus par des fonds publics initialement. Celui de l’impact enfin : il s’agit bien de répondre à des défis sociétaux de grande ampleur.

Les modèles du JEDI sont multiples, mais la DARPA aux Etats-Unis permet de donner une exemple concret de dynamique réussie dans le domaine. Au service de l’armée américaine, la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) se donne pour mission d’accélérer le développement de technologies fondamentales pour les mettre au plus vite à disposition des forces de défense. Plutôt que de définir des programmes de recherche larges et de les financer, la DARPA avance grâce à des challenges. Ceux-ci ne renvoient pas à des enjeux militaires forcément, mais à des « frontières » à faire reculer par la technologie. En 2004, la DARPA a lancé son « Grand Challenge » sur le véhicule autonome. En 2007, le « Network Challenge » visait à explorer le potentiel des réseaux dans la communication et la prise de décision en situations critiques. En 2014-2015, le « Chikungunyia Challenge » s’intéressait à l’anticipation et à la réaction face aux pandémies.

De même, l’objectif de JEDI est de lancer ses propres challenges, adaptés aux enjeux et aux capacités particulières de l’Europe, pour faire émerger des solutions appliquées et des entreprises porteuses de solutions de rupture. De même, ces entreprises gagnantes des différents challenges auront la possibilité (et même la mission) de se développer comme des acteurs économiques indépendants, créateurs de valeur ajoutée à l’échelle de l’Europe. C’est bien cette dynamique qui sera susceptible de tirer vers le haut l’industrie et les écosystèmes de l’Europe toute entière. Mais à la différence de la DARPA, JEDI ne sera pas une agence : plutôt une fondation pilotant un accélérateur de projets à fort impact.

On voit que la vision est réellement opérationnelle, assez décomplexée par rapport aux initiatives passées, consommatrices de ressources, installées dans des horizons de temps qui ont peu de sens dans un monde qui s’accélère. Qu’on pense seulement au projet Galileo de satellite européen de géo-positionnement : 15 ans de  de recherche, 10 milliards d’euros… JEDI, lui s’intéressera, à tout ce qu’il est possible d’accélérer, de faire émerger parfois par assemblage, par exploitation de technologies connexes dans des domaines auxquelles elles n’étaient pas destinées.  Dans des horizons de temps bien plus courts, évidemment. Quelques mois pour faire la preuve d’un concept et tester un prototype – puis une trajectoire de développement qui devra s’apparenter à celle de nos start-ups les plus dynamiques.

André Loesekrug-Pietri, qui pilote JEDI, prend l’exemple du glyphosate, un problème bien identifié à l’heure actuelle et auxquels les conservatismes de tous bords prétendent qu’il n’existe pas de solution.  Son remplacement correspond à la définition parfaite du « JEDI Challenge » : un enjeu critique, un horizon de temps restreint (2-3 ans), des recherches préalables sur lesquelles capitaliser en les accélérant drastiquement…

Une dynamique ouverte, à la fois ambitieuse et agile

Pour alimenter sa vision et faire émerger ses premiers challenges, JEDI s’appuie sur une petite « usine à challenges ». Celle-ci fonctionne à plein pendant les JEDI Moonshot Days, rassemblements mensuels des personnalités impliquées et d’invités venus des horizons les plus divers. Prospectivistes, acteurs du capital-risque, chercheurs, animateurs d’accélérateurs, observateurs capables d’apporter un regard décalé sur les enjeux qui attendent les générations futures.

Des ateliers de « Future Thinking » permettent à tous d’identifier les sujets critiques parmi les 4 grandes thématiques que couvre JEDI : Human-Centric Digital, Environment/Decarbonation, Healthcare Disruption & New Frontiers (qui recouvre l’accès à ces nouveaux royaumes que sont l’espace et les océans). Animés pour décaler le regard, penser loin, identifier les points de levier possibles, ces ateliers ont permis de faire émerger de premiers sujets. Innovatys est présent aux côtés de JEDI pour alimenter et pérenniser cette dynamique. Une participation passionnante, et un engagement important pour aider à façonner le monde de demain.