Quel levier représente l’ innovation dans un grand groupe ? Entre les périmètres R&D, Marketing, et les Opérations, elle a parfois du mal à trouver sa place. Pour Laurent Midrier, Directeur de la Stratégie et de l’ Innovation du groupe Bureau Veritas, pas de doute : elle doit créer de la valeur et contribuer à la croissance. Innovation ouverte, relation au marché, orientation des Business Units dans leurs choix de développement : son rôle est multiforme.

Après avoir souligné le levier stratégique que constitue l’innovation dans une entreprise comme Bureau Veritas, suite de notre entretien…

Vous avez lancé Bureau Veritas sur davantage d’innovation ouverte. Quels sont vos principaux leviers ?

Nous avons des partenariats de recherche, principalement avec le CEA, structurés de façon classique avec des transferts de technologie, des contrats de licence, d’exclusivité sur la propriété intellectuelle… Ces partenariats ont une orientation très R&D, plutôt qu’innovation. La R&D interne de Bureau Veritas existe, mais elle a un périmètre étroit, centré sur les laboratoires et sur nos activités dans la marine. Nous externalisons donc cette activité et accédons ainsi à un large éventail de compétences de très haut niveau. Cela dit, travailler avec des organismes de recherche nécessite un véritable apprentissage : il faut savoir exprimer ses besoins, gérer la propriété intellectuelle, définir les use cases… Sinon les réponses, bien que de haute qualité technique, restent beaucoup trop génériques et inutilisables dans la vie concrète de nos opérations.

Le deuxième type de partenaires, ce sont nos clients. Quand nous voulons suivre une piste d’innovation, nous allons essayer d’obtenir le sponsorship d’un client industriel. Je pense qu’il est très sain d’aller voir le plus tôt possible si un client est partant pour contribuer à un projet, pas forcément financièrement, mais aussi en mettant à disposition ses équipes, ou en donnant accès à ses installations. Quand l’industriel y trouve son intérêt, un partenariat tripartite entre Bureau Veritas, le client et un organisme de recherche est conclu. Ce qu’on offre au client dans ces contrats, c’est souvent une exclusivité sur la solution développée. Mais bien sûr, pour Bureau Veritas, il s’agit bien à terme de la commercialiser largement.

Enfin nous avons aussi des partenariats avec des sociétés plus petites, spécialistes dans un domaine. C’est par exemple ce que nous avons fait avec le cabinet Lexing – Alain Bensoussan Avocats autour de l’offre Privacy. A l’issue, Bureau Veritas récupère la propriété pleine et entière du standard, c’est un vrai transfert de compétence. Ce qui est intéressant pour ces partenaires, c’est l’argument marketing. Pouvoir montrer à leurs clients qu’ils ont été à l’origine du standard est un réel atout pour eux.

Comment détectez-vous les opportunités d’innovation qui auront du sens pour vos clients ? Réussissez-vous à capter des insights de vos équipes terrain ?

Chez Bureau Veritas, on éduque nos équipes à respecter des procédures. C’est pour cela qu’il est parfois difficile de mener de front l’application des process et l’écoute des clients. C’est plutôt autour des communautés industrielles que les besoins s’expriment. Je passe beaucoup de temps dans des conférences, des forums ou des associations où sont présents nos clients. Etant une entreprise de certification, nous bénéficions d’un a priori de neutralité. C’est donc dans bien des cas les industriels eux-mêmes qui viennent nous voir, sachant qu’ils devront tôt ou tard être certifiés.

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Propos recueillis le 21 novembre 2017