Innover ensemble, en embarquant largement ses équipes, c’est la meilleure façon d’ancrer sa démarche d’innovation dans une connaissance vécue des marchés, des tendances, de l’entreprise ou de son fonctionnement. L’intelligence collective est une occasion formidable de faire exprimer les intuitions ou les attentes inexprimés des collaborateurs qui sont, quotidiennement, au plus près de vos clients, ou en prise directe avec des processus de travail largement améliorables. C’est aussi la meilleure façon de motiver les ressources qui seront ensuite impliquées dans le lancement de nouvelles offres ou la transformation des modes de travail.

Encore faut-il le faire de la bonne façon. L’innovation collective est une démarche qui s’organise. Petite méthode en 8 étapes pour une mobilisation générale sur le front de l’innovation – très inspirée du Design Thinking, mais réinterprétée dans le cadre d’une transformation générale et profonde de votre structure.

 

D’abord cadrer la démarche d’intelligence collective.

C’est au management de le faire. D’abord, l’objectif général. Que voulez-vous accomplir en lançant vos équipes dans cette aventure de l’innovation collective ? Quel problème voulez-vous résoudre ? Il peut s’agir de repenser vos espaces de travail, de rendre votre production plus performante, de reprendre une place de leader sur votre marché. Pas de mobilisation sans discours clair sur la nécessité de s’engager. Tout participant doit se sentir en responsabilité par rapport à un enjeu d’importance pour l’entreprise entière.

Ensuite, les règles du jeu : égalité des contributions, ignorance des hiérarchies et enjeux de pouvoirs, liberté d’expression, impartialité des prises de décision, transparence des étapes de sélection, etc. Les participants sont choisis pour leur connaissance de leur métier, pour leur créativité et leur capacité à s’engager collectivement.

Attention : c’est aussi le moment de poser les « intangibles » : non, on ne va pas doubler la surface de l’usine ; oui, on va faire avec les systèmes d’information en place ; non, on ne va pas prendre de libertés par rapport à la réglementation, etc.

Ensuite, une large ouverture sur une phase d’inspiration

C’est l’occasion de partager des éléments de connaissance qui mettront tous les participants au même niveau sur le sujet traité. C’est aussi l’occasion d’aller voir au-delà du périmètre visé : que font nos concurrents en termes d’innovation ? Comment font les entreprises de notre secteur dans des pays largement défavorisés, sous forte contrainte de moyens ? Et les clients ? Quels substituts « low tech » connaissons nous à nos offres ? Qu’a inventé la nature pour remplir des usages similaires à nos produits ? Les meilleures seringues s’inspirent du moustique…

L’ouverture vers les apports externes est essentielle à ce stade : faites intervenir des clients, des fournisseurs, des experts, des partenaires… Ouvrez cette étape d’inspiration le plus largement possible.

Une étape d’idéation débridée, puis canalisée

L’approche est ouverte à 360° (phases de divergence), puis reprise dans des phases de convergence qui donnent de la puissance à la réflexion commune. Elle intègre l’ensemble des points de vue et des réflexions, même et surtout les plus audacieuses.

L’avancée du projet se fait par la stimulation de chacune des parties prenantes, les enrichissements successifs, la confrontation des idées. C’est la garantie d’un bon projet d’innovation. Chacun doit trouver sa place dans le dialogue et le partage d’idées. A l’animateur de savoir gérer les équilibres, faire parler les plus « taiseux », motiver les contributions des plus réservés – parfois ceux qui détiennent la plus grande expérience du terrain. Les techniques sont nombreuses pour faire exprimer le meilleur par chacun.

Envisager le problème visé à travers un prisme varié est aussi essentiel à ce stade de l’idéation : il faut inviter les participants à penser le projet sous tous ses angles, dans des situations réelles ou hypothétiques, afin de capter un maximum d’idées. On peut se demander comment on ferait si l’on n’avait aucun budget : penser en mode « budget zéro » libère des ressources de créativité insoupçonnées. On peut se demander comment ferait Google, ou bien comment on opérerait si toutes les capacités de production de l’entreprise étaient anéanties en une nuit… Penser « sous contrainte » permet en général un large foisonnement large pour cette étape d’idéation bien nécessaire.

Le moment le plus difficile : s’en remettre au jugement du collectif sur la sélection des meilleures idées

C’est là que le management connaît un grand moment de désarroi… Ouvrir aux contributions de tous a certainement du sens ; en revanche, postuler que le collectif est le mieux placé pour prendre des décisions à la place des dirigeants ! C’est ce qui explique que les démarches en intelligence collective sont aujourd’hui lancées sur des sujets mineurs dans trop d’entreprises. Et pourtant… Dans bien des cas (efficacité opérationnelle, vie au travail, choix d’outils digitaux ou pas, mais aussi service client, etc.), le collectif est mieux placé que des dirigeants parfois bien loin du terrain.

Le recentrage se fera par rapport aux objectifs et enjeux définis en amont – par une priorisation sur plusieurs critères, une mise en perspective globale, et une prise de recul généralisée (un « gut check » collectif, en quelque sorte – ou équivalent du « J’y crois / J’y crois pas »).

Capter toute la richesse d’un projet véritablement « transformant »

Soyez-en certain : vous ressortirez de ces dynamiques d’intelligence collective avec bien plus qu’une idée. Vous aurez en main tout un panel d’idées à lancer sur des axes de création de valeur et sur des horizons de temps divers.

Et c’est là ce qui fait une grande différence avec les processus d’innovation menés à moindre échelle. Ils permettent certainement de cibler quelques bonnes idées à tester rapidement, mais sur un périmètre toujours restreint. Là, vous allez recueillir des pistes qui se complètent les unes les autres, sur des axes de transformation complémentaires pour l’entreprise : nouveaux produits, nouveaux services, nouveaux outils créateurs d’une valeur ajoutée reconnue pour le client, nouveaux processus en production, nouveaux principes de management… Tout se tient. Vous avez entre les mains les différentes cartes d’un vrai programme de transformation.

Bonne nouvelle : vous pourrez alors le construire de façon à mixer les idées à impact rapide, qui crédibiliseront rapidement la démarche – et les idées plus longues à mettre en place.

Puis vient le temps de la conception des solutions

La démarche d’innovation devient alors plus besogneuse. C’est là qu’il faut soutenir les équipes. Là non plus, cette conception ne se fait pas en chambre, mais en capitalisant sur les apports de chacune des fonctions concernées. Le processus est pluridisciplinaire. Clairement, c’est de la co-conception – même si moins de participants sont impliqués à ce stade. En revanche, vous devrez gérer de multiples groupes projets qui travailleront en parallèle.

Chacun entrera dans sa propre dynamique de conception – test – adaptation par des phases itératives d’amélioration en boucle rapide, dans la droite ligne d’une démarche de transformation agile et pragmatique.

Evaluation et mesure – essentielles au pilotage de la transformation

« Ce qui ne se mesure pas n’existe pas ». Sans aller jusqu’à cette position extrême, mettre en évidence les bénéfices des projets menés et aboutis est essentiellement pour souder le collectif autour d’innovations effectivement mise en œuvre. Il n’y a rien de pire des projets ayant mobilisé largement et qui donnent l’impression que l’effort a été vain.

Généralisation

Enfin vient le moment de consolider et de généraliser les solutions trouvées. Il devient nécessaire de communiquer largement en interne, de former et de faire appliquer. Autant dire que la démultiplication est d’autant plus facile que vos « innovateurs » sont les évangélistes du changement qu’ils ont eux-mêmes fait advenir. C’est toute la puissance de l’intelligence collective en action…

Et pour finir… La célébration

Oui : célébrer, se féliciter et remercier. L’effort a été collectif, la gratification doit l’être aussi. Sur l’ensemble de ce cycle s’il est bien mené, on ne soupçonne pas a priori les bénéfices en termes de remotivation des équipes, d’efficacité opérationnelle et de pertinence des solutions mises en place. Il faut le vivre pour le constater.

 

Vous voulez lancer votre transformation ? L’innovation collective en est sans doute la clé.