Doubles digitaux et modélisation 3D sont les nouveaux outils en vogue dans de nombreux secteurs. Le retail, avec l’essayage virtuel, mais aussi la santé, le cinéma, le gaming et bien d’autres secteurs sont en passe d’être bouleversés par ces innovations bourrées de technologies.

Concilier l’expérience physique en magasin avec la digitalisation croissante du retail

La vente en ligne de vêtements explose, en particulier grâce à des services qui « rassurent » le client, mais sont relativement coûteux pour les enseignes. Les retours et échanges gratuits par exemple sont aujourd’hui pratique courante, mais pèsent à la fois sur la logistique et la gestion financière des marques. Pour limiter ces impacts, et gagner d’autres clients éventuellement sceptiques, de nombreux retailers travaillent à des solutions d’essayage virtuel. A mi-chemin entre le tout-digital et le physique, l’essayage virtuel offre une alternative simple pour le client. C’est un moyen de conseiller efficacement et de garantir la bonne taille mais aussi l’accord général de la tenue.
On connaît déjà bien les applications qui, comme Fitle, recommandent la bonne taille en fonction de quelques paramètres sur votre morphologie (âge, taille, poids). Fits.me (aujourd’hui détenu par Rakuten) ajoutait des suggestions sur votre type morphologique (épaules ou taille larges, rapport hauteur totale / hauteur à la taille), et vous pouviez sélectionner le mannequin virtuel qui vous convenait le mieux. Avec l’essayage virtuel, on va un cran plus loin :  c’est de vous qu’il s’agit, non d’une réplique plus ou moins ressemblante.

Pionnier en la matière, Cisco a lancé dès 2012 un miroir intelligent,  » Style Me « , qui permettait aux clients d’essayer virtuellement des vêtements, mais également de se faire conseiller et de partager sur les réseaux sociaux. L’outil se voulait très simple pour une expérience client lissée au maximum. Il suffisait de se placer devant le miroir, et celui-ci émettait un reflet augmenté, permettant de se visualiser avec différents vêtements, à choisir dans la gamme du magasin partenaire. Le miroir de Cisco avait été initialement déployé dans la chaîne britannique John Lewis en 2012. Sans doute trop tôt par rapport à un marché qui n’était pas encore mûr.

Echo look par Amazon
Aujourd’hui, la demande se fait pressante. Amazon a breveté en janvier 2018 solution similaire. Plus complexe, c’est à l’aide de plusieurs miroirs, projecteurs et caméras que ce miroir intelligent construira votre reflet augmenté, capable d’endosser virtuellement des vêtements divers. Il sera même possible de vous visualiser dans les environnements de votre choix pour choisir au mieux la tenue souhaitée. Le stade de développement de la solution n’a pas encore été communiqué par la marque. Il est probable que le miroir soit utilisé pour accompagner un récent gadget d’Amazon : Echo Look, un appareil photo amélioré permettant à l’aide du machine learning de déterminer l’accord général de la tenue d’une personne.

 


Dans la même veine, Zeekit est une application et une plateforme web qui utilise un algorithme pour accompagner le client dans ses choix vestimentaires. Après avoir uploadé une photo et répondu à quelques questions, l’application se charge de proposer les tenues les plus adéquates de manière interactive. L’utilisateur peut alors changer virtuellement les habits, et ensuite les ajouter à des listes de souhait et enfin les acheter. Il peut également partager toute son activité sur les réseaux sociaux. Ces techniques, toutes inspirées de la réalité augmentée, ont également été utilisées par l’application MakeUp Genius de L’Oréal. Grâce à son smartphone, le client scanne son visage et peut tester toute une gamme de produits cosmétiques de la marque afin de s’assurer du meilleur rendu. Tous ces outils font figure de voie médiane privilégiée entre l’expérience-online et l’expérience physique.

Doubles digitaux : la technologie derrière l’essayage virtuel et bien d’autres applications

Pour développer ces solutions, les marques font appel à des entreprises expertes en réalité virtuelle. L’application MakeUp Genius de L’Oréal a été développé par Image Metrics, une entreprise américaine spécialisée dans la réalité augmentée. Amazon a racheté la société Body Labs, spécialisée dans le mapping 3D des corps, pour accroître sa domination dans le secteur du fashion retail.

L'Eggo Booth par eXsensBeaucoup d’entreprises se lancent désormais dans la modélisation du corps humain, ayant conscience des nombreuses applications qu’elle permet. La société française eXsens a développé l’  » Eggo Booth « , un photomaton amélioré qui permet de créer le  » double digital  » d’une personne en 3D, prenant en compte chacune de ses caractéristiques physiques. Pour l’utilisateur, le fonctionnement est simple : il suffit de pénétrer dans l’  » œuf  » géant de 2 mètres, et l’ensemble des capteurs s’occupent de vous  » cloner  » virtuellement. La capture ne dure qu’une seconde et la reconstruction 10 minutes. Une fois obtenu le modèle 3D de votre double digital, plusieurs applications sont possibles. En plus de permettre un essayage virtuel intelligent à l’instar des miroirs virtuels, c’est aussi un moyen pour l’utilisateur de se projeter dans des corps ou des univers différents. Il suffit pour cela de modifier quelques paramètres, et vous voici plus grand, brun ou avec des yeux différents. Selon les créateurs, l’Eggo Booth est utilisable également à des fins de santé et de fitness. La possibilité qu’offre la technologie à se projeter et visualiser des transformations de son corps est un incitateur à la pratique d’activité physique par exemple.
Les applications de la technologie vont ainsi au-delà du retail. Ce  » mapping  » des corps physiques est utilisé depuis longtemps pour l’animation 3D dans les films ou bien les jeux vidéo. Ce qui est nouveau, c’est que les solutions simples qui sortent aujourd’hui rendent plus facile la production des modèles 3D du corps humain : les studios deviennent de plus en plus  » légers « , l’équipement s’apparente à des cabines mobiles. Et avec Amazon Echo Look, on s’approche d’une solution  » domestique  » pour produire son double digital (de la même façon qu’on avait par le passé évoqué la Kinect de Microsoft comme une solution fiable pour construire son propre avatar 3D)

Les solutions  » sur étagère  » du mapping 3D – encore hautement techniques

Derrière le sujet de la modélisation se profile celui de l’animation Car tous les usages des doubles digitaux ne sont pas statiques, et recréer le mouvement, l’expressivité de la personne humaine sont des défis réels.
Eisko propose une solution de Blendshape à la demande. Le Blendshape est une technique qui consiste à animer un objet en 3 dimensions à partir d’un  » mesh « . Le  » mesh  » est un maillage tridimensionnel d’une forme ou d’un objet. La plupart des entreprises n’ont pas forcément les ressources ni les compétences de faire de l’animation 3D. Les clients envoient un simple  » mesh  » de visage et reçoivent en retour un modèle 3D complet, avec 120 expressions possibles ainsi que des techniques d’animation. Le réalisme du modèle est saisissant, en particulier sur les caractéristiques si difficiles à répliquer que sont la texture de la peau par exemple, ou sa façon de réfléchir la lumière. La demande pour de tels projets est croissante, notamment dans le secteur du gaming, des appli mobiles, de la réalité viruelle et de la réalité augmentée, ainsi que pour l’événementiel et la réalisation vidéo. Eisko entend bien se placer en tant que médiateur, en proposant ses solutions abordables et de bonne qualité.


On en n’est pas encore à une offre grand public, loin de là, car les opérations à réaliser pour réaliser un double digital parfait exigent de l’appareillage et un grand savoir-faire. Néanmoins, de très nombreuses entreprises expérimentent dans le domaine, sur leurs propres doubles numériques ou sur des modèles à disposition sur des plateformes dédiées. Sketchfab s’est lancée une plateforme qui permet de partager des modèles 3D et de réalité virtuelle. Les utilisateurs peuvent naviguer dans le site à la recherche de modèle, les télécharger et les intégrer aux réalisations de leur choix, comme des applications de réalité virtuelle ou de réalité augmentée. L’ambition est de devenir une banque de modèles 3D tout comme le sont les banques d’images.