Le marché de la Mobile Health (e-santé) devrait atteindre 1 milliard de dollars en 2017 en France d’après Statista (en Amérique du Nord, ce n’est pas loin de 23 milliards). Si le monitoring représente la majeure partie de ce marché (84%), le diagnostic est également un segment en plein essor. On commence tout juste à découvrir le potentiel des smartphones en la matière, et à développer des compléments hardware capables de les transformer en outils aussi puissants que ceux qu’on trouve au cabinet médical ou à l’hôpital. Petit tour d’horizon.

 

L’Intelligence Artificielle en renfort de l’auto-diagnostic

babylon-healthAu Royaume-Uni, BabylonHealth parie sur la complémentarité entre l’auto-diagnostic permis par l’Intelligence Artificielle, et le diagnostic émis lors d’une consultation à distance avec un praticien. Un premier échange de message et d’images avec un bot permet de qualifier les symptômes déclarés à partir d’un questionnement de plus en plus approfondi. Ce questionnaire a été développé avec des médecins, et bénéficie d’une analyse en continue des données collectées pour être affiné. Ceci permet de trier les « vrais » problèmes médicaux des petits bobos – qui sont dès lors réorientés vers un dialogue direct avec un médecin par chat video directement sur le smartphone. Les prescriptions alors requises peuvent être envoyées dans la pharmacie la plus proche ou même directement à domicile. La consultation à distance est l’un des services les plus prometteurs de la e-santé.

Fonctionnant sur un principe d’agrégation de données et de machine-learning, la prédictivité de telles applications pourrait se substituer à l’expertise d’un médecin. Le logiciel annonce déjà une précision de 92%. Son fondateur, Dr. Ali Parsa, en est persuadé, il explique : « Je pense que ça sera 10 fois plus précis qu’un docteur. Aucun cerveau humain ne sera capable de faire quelque chose de la sorte ».

Il en va de même pour DR Sport en France, application dédiée aux sportifs de tous niveaux. Selon un principe similaire, en communiquant avec un bot qui au fur et à mesure affine son diagnostic en 5 questions, le blessé peut évaluer lui-même le degré de sévérité de l’accident, parmi 300 pathologies répertoriées, et accéder à des recommandations de produits accessibles sans ordonnance ou d’homéopathie.

Même si l’on ne doute pas de la fiabilité per se de tels dispositifs, l’exactitude de ce type diagnostic reste tributaire de l’expression des maux par l’utilisateur. Autre lacune : se soustrayant à l’humain, ces applications n’ont pas l’aspect « chaleureux » et bienveillant d’une personne réelle, qualités clefs pour le diagnostic et le soin d’un patient.

 

Le smartphone augmenté, outil e-santé de haute performance

Parce que le déclaratif ne suffit pas, plusieurs startups ont travaillé à augmenter les capacités du smartphone pour en faire un outil d’examen médical puissant.

  • AliveCor par exemple a développé Kardia Mobile, une application liée à un petit capteur sur lequel on peut poser ses doigts, et qui donne en 30 secondes un électrocardiogramme précis. L’ECG peut ensuite être envoyé au cardiologue de référence, ou simplement être stocké dans l’application. Ce dispositif permet de détecter la fibrillation atriale, symptôme précurseur de l’AVC. Il est destiné à être prescrit par des professionnels de santé, mais ensuite utilisé de façon entièrement autonome par le patient. Il permet une mesure fréquente qui améliore le suivi et limite le recours au médecin en l’absence de symptôme de risque avéré.
  • Dans la même lignée, certaines applications viennent accompagnées d’objets connectés, très simples à utiliser. Celles-ci ne visent plus seulement les praticiens, ni les malades auxquels elles sont prescrites, mais le grand public. Clinicloud propose deux outils au design ergonomique : un thermomètre et un stéthoscope. Couplés à son application, ils permettent un suivi quotidien si le patient le souhaite.

De tels dispositifs responsabilisent le patient et lui donnent un vrai pouvoir sur le suivi de sa santé. Ils permettent de créer une continuité entre le malade et les soignants, à partir d’un pré-diagnostic fondé sur la capacité d’interprétation des algorithmes embarqués dans les applications.

 

Le smartphone aux mains des professionnels de santé

Au-delà des patients qui souhaitent suivre eux-mêmes leur état de santé, de nombreuses applications, augmentées ou non, ont également été développées pour les professionnels de santé.

  • +WoundDesk utilise de simples photos des plaies en cours de cicatrisation pour mesurer leur évolution. L’application mesure leur dimension notamment, et permet de renseigner des critères précis (exsudation, nécrose, etc.). L’interprétation des données permet de calculer un score de sévérité et de prendre la décision médicale de poursuivre ou changer le traitement, ou renvoyer à l’hôpital par exemple. Reliées au dossier du patient, ces données permettent un suivi dans la durée.
  • Dans le domaine du smartphone « augmenté », Cupris a travaillé à décupler les capacités du smartphone pour en faire un outil d’examen médical puissant. Cupris Health a fait le constat que quasiment ¼ des visites chez le médecin ou à l’hôpital pouvait être évité – et s’est lancé dans développement de la consultation à distance. A partir d’un otoscope clipsé sur l’appareil photo, Cupris Health permet une prise d’image de l’intérieur de l’oreille aussi précise qu’en cabinet médical. L’image peut ensuite être envoyée pour obtenir un diagnostic précis – par exemple par un médecin généraliste qui souhaite obtenir l’avis d’un spécialiste. L’application souhaite étendre ses possibilités en proposant prochainement de l’ophtalmoscopie, de la dermatoscopie et de l’auscultation par stéthoscope.

Plus forts que les simples bots, en s’appuyant sur des avis d’experts, ces projets sont à l’image de ce que sera le futur de la e-santé : des professionnels assistés par des outils, et non pas un remplacement.