Nous en avons tous rêvé : devenir un Jedi et pouvoir contrôler des objets par le seul pouvoir de la pensée. C’est désormais possible et les applications des technologies de « Brain Control » vont émerger dans les années à venir. De la santé au divertissement jusqu’à la conduite automobile, notre cerveau sera à l’origine de nos interactions avec de nombreux objets connectés.

 

Qu’est ce que la « Brain Controlled Technology » ?

Imaginez que vous êtes en train de visualiser le déplacement d’un objet, concentrez-vous sur cette pensée. Vous êtes en train de générer une activité cérébrale qui peut être repérée par des capteurs situés à la surface de votre boîte crânienne, contre le cuir chevelu. Ces capteurs peuvent transmettre des signaux à un ordinateur qui va les analyser et extraire un « schéma de pensée » correspondant à votre volonté de voir l’objet se déplacer dans l’espace. Un bio-feedback va alors vous permettre de consciemment entraîner le modèle et apprendre à l’ordinateur la signification des signaux qu’il reçoit. La reconnaissance d’un lien stable entre ce « pattern » mental et le signal encodé crée une commande, qui peut ensuite être volontairement mise en œuvre pour produire l’action visée.

L’ensemble de ce processus est rendu possible par un dispositif d’Interface Cerveau Machine (ou encore BMI / Brain Machine Interface) : il désigne le système d’acquisition et de traitement des signaux cérébraux, qui les classifie, puis les traduit en une commande. Certes le système nécessite une phase d’entraînement pour apprendre à contrôler l’Interface Cerveau Machine. Mais il est ensuite possible de donner des ordres à l’ordinateur et de « piloter » par son intermédiaire des objets connectés qui produisent divers effets : du mouvement, par exemple pour piloter un exosquelette ; des sons, s’il s’agit d’un synthétiseur de la voix humaine ; ou tout autre artefact.

 

Emotiv est l’une des entreprises pionnières dans les bio-informatiques appliquées au cerveau

Emotiv a été fondée en 2011 par Tan Lee et le docteur Geoff Mackellar et est basée à San Francisco. Sa mission est d’étudier la performance cognitive, de comprendre les émotions et de permettre un contrôle des objets physiques ou virtuels par l’usage de commandes mentales – tout cela grâce à l’intelligence artificielle. Les marchés projetés sont vastes, incluant la médecine, la robotique, la conduite automobile, la défense, l’éducation, la recherche marketing, entre autres.

Après presque 10 ans de recherche, Emotiv a développé Epoc+, Insight et Epoc Flex, des casques qui permettent un accès non-invasif à la mesure de l’activité cérébrale. Légers, associés à différents plateformes logicielles, ils permettent de recueillir des données, visualiser l’activité cérébrale, dégager des « patterns » par l’analyse des données, et entraîner des systèmes de commandes.

Pour les fondateurs d’Emotiv, il n’y a pas de limite à ce que le cerveau peut contrôler par la pensée. Il est même possible de le concevoir comme une sorte de télécommande universelle, capable à terme de commander à un ordinateur, un véhicule, votre lampadaire, ou tout autre objet connecté. Bien entendu, il ne s’agira jamais d’avoir un pouvoir direct sur les objets, mais grâce à l’analyse du signal et à la connectivité, de créer des passerelles entre l’esprit et le monde physique.

Certes, des progrès importants restent à faire, mais les premières réalisations sont bien tangibles.

Les attentes sont immenses, avec des applications très attendues dans le domaine de la santé, notamment. Pour Olivier Oullier, président d’Emotiv, cette technologie servira à redonner une certaine autonomie à ceux qui l’ont perdue : en utilisant la pensée et les capteurs, il leur sera bientôt possible d’écrire, parler, retrouver une mobilité qui a pu disparaître, apprendre à se concentrer ou encore lutter contre la douleur.

 

Des applications en santé, mais aussi dans les domaines du développement personnel, du divertissement, ou même du marketing

Emotiv n’est pas la seule entreprise à se positionner sur ce secteur. Plusieurs bandeaux ou casques capables de décrypter l’activité cérébrale de façon non-invasive sont actuellement proposés par différentes startups. La plupart se contentent de repérer les signaux électriques au niveau du cerveau ; d’autres y ajoutent une détection de l’activité musculaire, cardiaque, ou des mouvements de l’œil. Et les applications sont multiples.

Les applications les plus impressionnantes apparaissent évidemment dans le domaine médical. L’un des cas d’application les plus convaincants est la Sclérose Amyotrophique Latérale (ALS ou Maladie de Charcot), qui paralyse progressivement tous les muscles du corps. Philips en a fait l’un de ses axes de recherche privilégiés, et a mené un premier projet avec Emotiv en ce sens.

Dans le divertissement, plus précisément dans les jeux video, la réalité virtuelle peut déjà faire usage des signaux cérébraux qui signalent une intention d’agir avant même tout passage à l’acte. Neurable a créé le premier jeu video à contrôle mental. Il exploite les « event-related potentials », c’est-à-dire les signaux qui apparaissent quand un joueur envisage tout juste de passer à l’action. Le jeu Awakening met en scène des enfants qui peuvent manipuler des objets à distance et combattre leurs ennemis par le seul pouvoir de la pensée. Après un premier exercice de calibration, le joueur peut utiliser sans aucun problème le casque de VR doté d’électrodes en contact avec sa boîte crânienne pour profiter pleinement du jeu.

D’autres usages émergent, davantage orientés sur l’exploitation des données d’activité cérébrale que sur le contrôle mental. Ils peuvent être récréatifs, ou liés au développement personnel. InterAxon propose un bandeau qui vous permet de mesurer votre activité cérébrale, votre rythme cardiaque ainsi que votre respiration, au cours d’un exercice de méditation. Par ce bio-feedback, Muse vous permet de prendre le contrôle sur votre corps par la concentration pour atteindre les pleins bénéfices d’une séance.

D’autres devices, comme BrainStation, se donnent pour objectif de développer vos capacités cérébrales d’attention ou de mémoire. Couplé à un programme d’entrainement, BrainStation agit comme un tracker qui reconnaît des ondes spécifiques, et suit la performance cérébrale comme le ferait Fitbit avec votre performance sportive.

Bien entendu, des usages sont aussi attendus dans le marketing, et Emotiv lui-même se positionne sur cette application. Pour connaître le niveau de satisfaction d’un client, pour évaluer le plaisir qu’il prend à utiliser vos produits, quoi de mieux que de mesurer l’activité cérébrale liée aux signaux typiques du plaisir ? Emotiv Insight répond à ce besoin

La technologie se démocratise, avec des casques légers qui sont aujourd’hui accessibles pour quelques centaines d’euros dans des applications grand public. Pour quelques milliers d’euros, ce sont à la fois les devices, les algorithmes d’analyse et l’hébergement des données sur une plateforme dédiée qui sont à la portée des institutions de recherche, dans les domaines les plus variés. Nul doute que les offres les plus variées vont bientôt émerger au niveau de startups qui se saisiront du « Brain Control » comme d’une nouvelle expérience, une nouvelle fonctionnalité clé de leurs offres.